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Edito de Décembre 2019

 

La nuit, le froid, la faim, la saleté, la solitude et la peur...

Dans quelques jours, la nuit du 24 au 25 décembre, nous chanterons avec raison et avec une joie profonde dans le cœur : « Douce nuit, sainte nuit... ». Au moment du solstice d'hiver, avec devant nous la figuration de l'enfant Jésus naissant dans une humble demeure, nous célèbrerons l'annonce que le temps des nuits les plus noires va céder progressivement le pas à la victoire du jour. Dans l'enfant de la crèche, déjà nous verrons le Ressuscité ; dans la mangeoire ou le berceau, nous contemplerons l'anticipation du tombeau ouvert... D'une certaine manière, nous pourrons nous écrier : « Nuit, où est ta victoire ? ».

 Noël et Pâques sont les deux fêtes qui disent tout le christianisme : l'incarnation de Dieu en la personne historique de Jésus de Nazareth, et la victoire sur la mort du Prince de la Paix venu nous ouvrir le chemin du Royaume d'éternité. Elles sont promesses de victoires sur toutes les nuits et toutes les morts des hommes, mais elles n'empêchent pas, pour le présent, ces nuits et ces morts. Elles nous projettent cependant dans l'au-delà de nos tribulations terrestres, et elles sont invitations à lutter sans cesse avec confiance, aujourd'hui et demain comme hier, contre toutes ces nuits et toutes ces morts. La Vie éternelle est déjà commencée! Le Royaume est déjà là! Si nous le voulons...

Parce que nous avons des yeux et aussi des oreilles, et également un cœur qui réagit en liaison avec notre cerveau, nous savons bien les misères du monde, et nous entendons bien les clameurs des hommes, celles d'à-côté et celles de plus loin. Ainsi les croisons-nous chaque jour ces pauvres de la rue, de tous sexes, de tous âges, de toutes couleurs de peau, de toutes langues et de toutes religions. Ces sans-abri, ces sans-papiers, ces sans-repas, ces sans-soin, ces sans-savon, ces sans-relations, ces sans-amis, ces sans-pouvoir, ces sans-amour... qui campent sur les bas-ports de nos fleuves, se cachent dans des recoins d'immeubles, se regroupent dans des squats plus ou moins salubres ou dans des bidonvilles très précaires. Car il n'y a plus de place pour eux dans les foyers normalement prévus pour les mettre à l'abri, les héberger, les accompagner. Ils sont les pauvres « en trop » !

Depuis un an, notre ensemble paroissial, à l'image d'autres paroisses et de beaucoup d'autres groupes dans notre métropole (notamment des associations de jeunes musulmans), a pris le parti de ne pas ignorer la détresse des migrants venus de la lointaine Asie, de l'est de notre Europe, et de l'Afrique sub-saharienne qui sont arrivés jusqu'à « chez nous ». Cela a donné naissance à l'association Vivre Dignement dans notre Métropole (VDM). Nous avons pu venir en aide, modestement mais efficacement, aux habitants du squat dit « Amphi Z » à Villeurbanne-Cusset (squat maintenant démantelé), et nous poursuivons notre soutien aux résidents du squat du 40 quai Arloing à Lyon-Vaise (dont plusieurs venus de l'ex-Amphi Z). Mais d'autres appels nous arrivent, en particulier de l'ancien collège Maurice Scève à la Croix-Rousse, où survivent dans des conditions de grande insécurité et de réelle misère quatre cent cinquante jeunes gens, Africains sub-sahariens pour la plupart. Quelques-uns de nos paroissiens donnent déjà de leur temps et de leurs capacités fraternelles à ces derniers, et j'ai été moi-même sollicité pour y intervenir dans le cadre d'une mission de médiation. Nous aurons l'occasion de vous en parler davantage durant ce temps de l'Avent et à l'occasion du temps de Noël. Parce qu'ils sont trop nombreux à avoir froid, à avoir faim, à souffrir du manque d'hygiène et du manque de soins, à se sentir trop seuls et avoir peur... nous ne pouvons pas ne rien faire, nous qui avons la lumière, la chaleur, la nourriture, les moyens d'être propres et de nous soigner, les relations et les amis...

 Christian Delorme

Lettre de Monseigneur Michel Dubost

Chers Frères, Chères Sœurs,

Voici l’Avent.

Nous nous préparons à fêter Jésus. Et d’abord à l’accueillir.
La naissance d’un enfant crée toujours du nouveau :
aussi attendue soit-elle, elle change la vie.
Noël n’est pas simplement un anniversaire :
c’est une fête de la présence de Jésus aujourd’hui.
Il est né dans un monde marqué par la violence
les déchirements religieux, la pauvreté…
Il est vivant aujourd’hui dans un monde plein d’histoires
de contradictions, de haines, de recherches.
Nos cœurs peuvent être brisés par l’injustice,
ils peuvent souffrir du manque de reconnaissance,
ils peuvent être blessés par la souffrance,
la leur, mais aussi celle des autres,
ils peuvent être retournés par de fausses accusations,
ils peuvent être indifférents : Noël est là ! Le Christ est là !
Nous vivons des drames, certes. Mais le Christ est là
pour faire toutes choses nouvelles. Pour changer notre cœur.
Noël est comme une invitation à repartir de zéro
à recommencer à découvrir le Christ
à entendre, dans le silence de la crèche, son besoin d’être aimé
à renouveler notre propre histoire sainte
à refonder l’Église dans la fraternité
à repartir, même dans la nuit, en chantant la gloire de Dieu
et son amour pour les hommes et les femmes de notre temps.
Noël ? Le Christ veut naître, renaître dans notre propre cœur
et dans sa fragilité de nourrisson
dire, à travers nous, à chacun de nos frères, à chacune de nos sœurs
quels qu’ils soient :
j’ai besoin de toi pour vivre.

Joyeux Noël !

 

Mgr Michel Dubost.

Administrateur apostolique du diocèse de Lyon