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Edito d'Avril 2019

 

Philippe, mon père, mon frère...

 Vraiment, nous avons eu une belle rencontre, mercredi soir 3 avril en l'église Saint Romain, animée avec talent par notre diacre Jacques Tyrol, sur toutes les « affaires » d'abus sexuels qui, actuellement, secouent notre Eglise et tous les fidèles catholiques de tous les continents. Une centaine de participants pour un petit ensemble paroissial comme le nôtre, voilà qui témoigne du besoin de « parler », de faire circuler la parole, d'entendre les expériences et avis, parfois les souffrances, des uns et des autres. Sans doute renouvellerons-nous cet exercice dans les prochaines semaines.

 

 Personnellement, je voudrais, en cette veille de Semaine Sainte et de célébration pascale, vous partager simplement l'affection que j'éprouve pour le cardinal Philippe Barbarin, qui demeure pour l'instant notre archevêque, même s'il s'est mis en retrait, jusqu'à ce que sa démission soit finalement acceptée par le pape. Tant de méchancetés ont été dites à son sujet ces trois dernières années dans la presse, sur les réseaux sociaux, dans les diners mondains comme au comptoir des bistrots, et parfois même – hélas ! – dans des cercles ecclésiastiques ! Pour toute une partie de l'opinion, en France et ailleurs à travers le monde, notre archevêque serait lui-même un pédocriminel, en tout cas un complice de pédocriminels ! A cause de cela, des parents ont enlevé leurs enfants d'établissements d'enseignement catholique ou encore de cours de catéchisme ! A cause de cela, tous les jours arrivent dans les évêchés et archevêchés de France des demandes pour être rayés des registres de baptêmes !

Oui, Philippe Barbarin, quand bien même il est un « sur-doué », a commis des erreurs dans son appréciation et sa gestion de « l'affaire Preynat » devenue rapidement « l'affaire Barbarin » ! Oui, il a mis trop de temps à comprendre vraiment ce qu'était la souffrance irréparable des victimes. Oui, il a tenu quelques fois (souvent, même !) des propos inconvenants ou désinvoltes à propos de toute cette histoire. Oui, sa communication a été désastreuse la plupart du temps et encore ces jours-ci. Mais pour l'avoir beaucoup fréquenté tous ces derniers mois, je puis attester qu'il a vécu un long chemin de croix (toujours pas terminé !) qu'il a offert de tout son cœur au Seigneur et à l'Église. Je puis vous affirmer qu'il n'y a pas une heure dans une journée où il ne pense aux victimes – nombreuses – qu'il a rencontrées.

 Je parle ainsi d'autant plus librement que je ne partage pas toute la culture conservatrice et toute la théologie finalement très cléricale de notre archevêque. Mais nous avons le même âge. En dix-sept ans, nous avons vécu ensemble beaucoup de choses importantes en commun et une grande confiance et une vraie amitié se sont installées entre nous. Cet homme est un grand priant, un connaisseur parfait de la Bible et un bourreau de travail. Peu d'archevêques se sont autant donnés à notre diocèse. Un jour il faudra lui rendre justice. En attendant, il convient de prier pour lui, pour notre merveilleux pape François, pour notre Église diocésaine et universelle. Il n'est pas interdit, non plus, d'envoyer à Philippe Barbarin (à l'adresse de l'archevêché : 7, place Saint Irénée, 69005 Lyon) un message amical. Merci, Philippe, mon père, mon frère ! 

Christian Delorme