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Edito de Février 2018

Les bienheureux et les saints :

des amis de Dieu qui nous veulent du bien !

 

Parmi les « dicastères » ou « ministères » de l'Église universelle, il en est qui est tout à fait spécifique : la Congrégation pour la cause des saints. C'est l'organisme qui a en charge les processus de béatification et de canonisation, autrement dit qui « instruit » – à charge et à décharge – la cause de chrétiens défunts susceptibles d'être donnés en exemple au peuple chrétien, et qui propose – ou non – au pape de les proclamer « bienheureux » ou « saints ».

 

Durant plusieurs siècles, les béatifications et canonisations – réservées aux martyrs de la foi aux débuts de l'Église – ont été assez rares, et elles ont surtout concerné, outre les martyrs, des fondateurs ou fondatrices (ou des réformateurs/trices) de congrégations religieuses. Un tournant s'est produit sous le pontificat du pape Jean-Paul II, lui-même déclaré saint en 2014. Celui-ci, en effet, a eu le souci d'offrir à l'Église des modèles de vie chrétienne très diversifiés, représentant le plus possible de peuples et de groupes humains différents. Sous son long ministère sur le siège de l'apôtre Pierre, il y aurait eu, ainsi, plus de béatifications et de canonisations que durant tous les siècles qui ont précédé ! Jean-Paul II était certain que ces béatifications et canonisations avaient une fécondité missionnaire ; qu'elles ravivaient et encourageaient l'adhésion à la foi chrétienne dans les régions et pays où avaient vécu les personnes ainsi « mises sur les autels ». Le peuple des bienheureux et saints « officiels » (car les saints inconnus sont innombrables !) s'est ainsi considérablement agrandi, avec des personnalités extrêmement différentes, ce qui permet à tout chrétien de trouver et de choisir comme référence, comme guide, comme ami, tel ou tel qui lui « parle » davantage que d'autres. Ces visages divers, comportant plus de laïcs, plus de femmes, plus de jeunes, plus d'hommes et de femmes issus des continents américain, africain et asiatique, nous ont aussi rendu la sainteté plus proche, plus accessible. Car il n'y a pas, parmi eux, « que » des martyrs, « que » des grands fondateurs d'ordres, « que » des mystiques extraordinaires. Nous pouvons y retrouver des gens « presque » comme nous ! En tout cas : des gens bien « de chez nous » !

De toute évidence, le pape François s'est senti appelé à poursuivre l'œuvre du pape Jean-Paul II en ce domaine. Depuis qu'il est pape, la Congrégation pour la cause des saints n'a pas chômé, et c'est chaque mois que l'on découvre que celle-ci a proposé de nouvelles béatifications ou canonisations. C'est ainsi qu'en cette fin de mois de janvier, nous avons appris que le pape avait décrété successivement «  l'héroïcité des vertus » d'une assistante sociale française qui a été une grande mystique : Madeleine Delbrêl (1904-1964), ouvrant dès lors la voie à sa possible béatification ; et qu'il a reconnu la qualité de « martyrs de la foi » aux dix-neuf religieuses et religieux assassinés en Algérie dans les années 1990, dont Monseigneur Pierre Claverie et les moines de Tibhirine, prélude à leur prochaine béatification. Ayant eu la grâce de connaître personnellement Monseigneur Claverie ainsi que plusieurs de ses compagnons martyrs, je suis évidemment heureusement touché par cette dernière décision, mais je mesure surtout davantage, grâce à elle, que les saints, en fait, sont parmi nous, certainement beaucoup plus nombreux que nous l'imaginons ! Et je sais que les martyrs d'Algérie que j'ai connus, auraient largement souri et haussé les épaules si, de leur vivant, on leur avait pronostiqué qu'un jour ils seraient au nombre des « béatifiés » ! Bienheureux sont-ils ! Bienheureux sommes-nous ! Car les saints sont d'abord des amis de Dieu qui nous veulent du bien !

 

Christian Delorme