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Edito de Septembre 2018

Fouad... arrivé au presbytère par sms !

Tout a commencé par un sms reçu au début du mois de juin. Un message non-signé me demandant de m'intéresser à la détresse d'un jeune Africain qui se trouvait à la rue. Je n'ai pas réagi sur le moment, attendant que l'on me recontacte plus directement. D'ailleurs, que pouvais-je faire ? Les jeunes demandeurs d'asile africains qui, ces dernières années, ont échoué sur les trottoirs de Lyon après avoir bravé la mort en traversant la Méditerranée sur des esquifs de fortune, sont plusieurs centaines. Les organismes de secours, tels le Foyer Notre Dame des Sans Abri, sont dépassés. Souvent, cependant, en hiver tout particulièrement, j'ai eu honte en observant la détresse de ces jeunes gens, regroupés notamment aux abords de la gare de la Part-Dieu, en pensant à toute la place dont je jouis au presbytère de Saint-Romain.

 

La personne qui m'avait contacté par sms – une jeune femme généreuse – m'a rappelé quelques jours plus tard, et nous nous sommes donné rendez-vous place Bellecour avec le jeune homme, un garçon de 24 ans de nationalité guinéenne, orphelin de père et de mère. C'était le lundi 25 juin. Je pensais seulement vérifier que ce demandeur d'asile avait connaissance de tous ses droits et de tous les lieux où il pouvait être aidé. Et puis il s'est produit l'inattendu. Fouad – c'est son prénom – m'a tout de suite profondément touché. Probablement grâce à sa voix très douce et à son discours sans haine malgré toutes les violences subies. Peut-être, aussi, en raison de son grand regard franc et direct ? Je ne pouvais pas le laisser à la rue. Par chance, notre Équipe d'Animation Pastorale (EAP) se réunissait le soir même. J'ai demandé l'accord de ses membres pour pouvoir le recevoir... un temps indéterminé, ce qui a été accepté très fraternellement. Depuis le mercredi 27 juin, Fouad occupe une chambre mitoyenne de la mienne au premier étage du presbytère et nous partageons toute une partie de notre existence quotidienne. Au cours des deux mois qui se sont écoulés, je puis attester qu'il n'y a pas eu une seconde durant laquelle j'aurais regretté mon choix. Ce jeune homme est extrêmement gentil, délicat, prévenant. Son français est impeccable et il possède une réelle culture générale. Ceux et celles de notre Communauté paroissiale qui ont déjà eu l'occasion de le rencontrer  ont pu s'en rendre compte.

Mais à présent, quel avenir ? Du fait d'une réglementation européenne (les « Accords de Dublin ») devenue de plus en plus caduque, Fouad pourrait ne pas être autorisé à rester en France et être renvoyé en Italie pour que soit instruite sa demande d'asile. Nous nous inquiétons donc de savoir comment l'administration française va se prononcer à son sujet, et nous étudions les moyens dont nous disposons pour plaider au mieux sa cause. En attendant, nous sommes convenus avec Fouad qu'il m'aide à mieux comprendre la situation de tous ses frères africains à la rue, en vue de contribuer à la mise en œuvre de meilleures solutions pour leur protection, alors que les froids de l'automne et de l'hiver vont très vite  arriver.

                                                                                                                                             Christian Delorme