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Edito d'Octobre 2017

Œuvrons, avec Dieu, pour le monde !

Lors de toutes nos eucharisties, le dimanche tout particulièrement, nous partageons des « intentions de prière » qui essayent de prendre en compte des réalités très diverses de notre monde. Les rédiger s'avère un exercice délicat pour les équipes liturgiques qui s'y attellent, et le résultat est très diversement apprécié. En effet, il y a toujours le risque de tenir des discours moralisateurs ou idéologiques selon les sensibilités des rédacteurs. Certaines intentions (par exemple : pour les migrants, ou pour nos gouvernants, ou pour ou contre telle évolution de la législation...) peuvent aller contre les convictions d'une partie de l'assemblée qui se sent alors prise au piège de cette prière présentée comme « allant de soi » alors que ce n'est pas le cas. Bien des fois, on peut le reconnaître, cette « prière universelle » ou « prière d'intercession » est reprise « mécaniquement » par l'assemblée des fidèles, qui entonne le refrain proposé sans trop réfléchir au contenu des intentions énoncées...

 

Il arrive, d'ailleurs, que certains se questionnent sur la raison d'être de cette prière d'intercession. Dieu ne connait-il pas déjà toutes les situations que nous lui présentons ? Et si, lui le Tout-Puissant et le Tout-Miséricordieux, il accepte qu'adviennent autant de malheurs dans le monde – maladies, catastrophes plus ou moins « naturelles », guerres, persécutions... –, comment notre prière pourrait-elle contribuer à changer le cours des choses ? Pour que sa bonté soit bien réelle, a-t-il besoin que nous fassions entendre nos supplications ? Ne pourrait-il agir favorablement avant que les drames n'aient lieu, ou avant que nous l'interpellions ?

Tous les enfants qui sont passés par le catéchisme ont entendu parler de l'étonnante prière d'Abraham pour le peuple de Sodome que son comportement barbare a conduit à sa perte (Genèse 18, 16-33). Abraham implore Dieu de sauver la cité malgré tout, et il nourrit sa supplication avec les pauvres arguments dont il dispose. La beauté de cette histoire, c'est à la fois la miséricorde dont témoigne Abraham pour ce peuple pécheur, et l'attention que Dieu manifeste à l'égard de la « plaidoirie » de son serviteur et ami. Il y a là une œuvre commune qui s'accomplit, dans laquelle le prié et le priant sont engagés côte à côte. Dans les récits évangéliques, Jésus nous est montré, à plusieurs reprises, en train de prier. Il nous est rarement dit le contenu de son conciliabule avec le Père, mais on peut légitimement penser qu'il portait dans sa prière nombre de situations humaines dramatiques dont il avait connaissance.

Le monde tel qu'il est, en attendant l'accomplissement de la Création, reste imparfait. Avec toutes ces imperfections, tous ces drames, toutes ces morts, toutes ces souffrances, toutes ces injustices, Dieu et l'homme se trouvent ensemble en échec. Dès lors, la prière de supplication aux intentions du monde représente d'abord un partage, une manière de prendre ensemble les choses « à bras-le-corps ». Dieu et l'homme, ensemble, se disent ce qu'il est urgent de changer, et leur dialogue constitue déjà une mise en œuvre de ce changement. Le « bon esprit » des priants vient renforcer le « Bon Esprit » de Dieu, et de cette conjonction spirituelle peut alors surgir de l'inattendu heureux.

Christian Delorme