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Edito de Mai 2017

  Jours « intranquilles »...

Ce mois de mai et celui qui va suivre sont ceux où la France va se doter d'un nouveau chef de l'État et d'une nouvelle majorité parlementaire. Le contexte politique s'avère complètement inédit. Les deux partis politiques qui dirigeaient – en « alternance » ou, parfois, sous un mode de « cohabitation » – le pays depuis plusieurs décennies, ont été marginalisés et vont probablement éclater l'un et l'autre. Cela, évidemment, va conduire à des mutations. Celles-ci peuvent s'avérer bénéfiques... comme être absolument catastrophiques ! Le risque que notre pays sombre dans la violence et dans l'effondrement économique n'est, malheureusement, pas exclu du tout, d'abord en raison de trop de souffrances et de colères accumulées chez ceux qui ne trouvent pas leur place dans la mondialisation et dans la financiarisation de l'économie ; et, aussi, du fait de discours de haine qui sont tenus à répétition et qui rencontrent des audiences de plus en plus larges, en particulier dans les jeunes générations.

 

Il fut un temps où l'Église considérait que les catholiques devaient voter pour un camp bien précis. Heureusement, depuis la Deuxième Guerre mondiale, il est admis que les baptisés ont le droit de choisir leurs élus selon leur intelligence et selon leur conscience et non pas selon ce que le magistère de l'Église pourrait vouloir leur imposer. L'Église ne s'interdit pas, pour autant, de rappeler un certain nombre de critères qui trouvent leur source dans l'Évangile, ce qu'a fait l'Église de France il y a quelques mois avec la publication d'un petit texte pour aider à la réflexion.

Dans les moments de grande crise et de grands dangers, la question surgit cependant de savoir si l'Église doit demeurer dans cette attitude de neutralité plus ou moins relative, dire : « Nous ne donnons aucune consigne de vote » ? C'est le débat de ces premiers jours de mai qui agite notre Église catholique, alors que les autorités de l'Église protestante de France et le grand rabbin de France ont, eux, proclamé très fort pour quel candidat du deuxième tour de l'élection présidentielle ils se prononcent sans équivoque, en raison de menaces trop grandes pour l'avenir que comporte un autre choix. Pour ma part, je suis de ceux qui considèrent que nos évêques doivent se prononcer sans ambiguïté et je l'ai manifesté de façon claire.

Nos communautés catholiques sont composées, bien entendu, de personnes aux convictions, aux engagements, aux sensibilités des plus diverses et personne n'a le droit de prétendre que les unes seraient meilleurs chrétiens que les autres sur ces bases. Mais dans ce temps de périls qui se profilent, en ces jours « intranquilles », il convient néanmoins que nous n'ayons pas la crainte de nous parler, de nous interpeller, de faire valoir nos arguments et d'écouter ceux des autres. Seule la circulation de la parole nous permettra d'appréhender nos divisions et de traverser l'épreuve.

Christian Delorme