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Histoire de la paroisse St Romain de Cuire

L'incendie de la première église paroissiale :

Mais en décembre 1715, cette église paroissiale est détruite par un incendie. Privés de lieu de culte, vingt huit habitants de Cuire adressent quelques semaines plus tard une supplique à Madame de Rochebonne, devenue châtelaine de Cuire, à la mort de son père Pierre de Sève. Dans cette requête, ils faisaient appel à "sa grande charité, à sa vertu, à sa piété et à son zèle" pour qu'elle leur accorde "la chambre qui est sur la chapelle interdite". Ainsi ajoutent-ils "vous ferez, Madame, une église régulière, vous rassemblerez votre petit troupeau d'habitants dans la sacrée bergerie d'où ils ont été chassés par le malheur de l'interdit". Et de rappeler les paroles du Christ. Quand vous serez trois personnes rassemblées en mon nom, je serai au milieu de vous". Satisfaction leur fut donnée dès fin 1716.

En 1788, à la veille de la Révolution, la "population de Cuire en y comprenant la Croix-Rousse et Serin contient 300 propriétaires dont plus de la moitié sont des bourgeois de Lyon qui résident à Lyon et viennent passer à leur maison de campagne les dimanches et fêtes de la belle saison".
Deux ans plus tard, en 1790, un document établi par Louis Ruby, le tout nouveau maire de Cuire, "rappelle que Cuire, sans la Croix-Rousse à laquelle elle ne veut pas être rattachée", comme c'est expliqué plus loin, "est composée de près de 500 âmes".
Il faut maintenant rappeler, que la Révolution de 1789 modifia profondément l'organisation de la société française dans tous les domaines : politique bien évidemment mais aussi administratif et religieux. C'est ainsi que, dès le 14 décembre 1789, un décret de l'Assemblée Constituante autorisait les bourgs et les villages à se constituer en municipalités. Mais la répartition des communes consécutive à cette nouvelle division du territoire, fut souvent l'occasion de conflits locaux. Ce fut le cas dans l'ancienne seigneurie de Cuire/la Croix-Rousse. Car la Croix-Rousse, qui sous l'Ancien Régime dépendait de cette seigneurie, avait pris depuis plusieurs années une certaine importance. Aussi, estimait-elle être en droit de diriger la nouvelle municipalité qui engloberait Cuire. Autrement dit, la seigneurie de Cuire/la Croix-Rousse fut remplacée par une municipalité unique, mais de direction croix-roussienne. Par conséquent, en application du décret du 14 décembre 1789 cité plus haut, la Croix-Rousse élit le 15 février 1790 son premier Conseil municipal. Celui-ci demanda aussitôt à celui de Cuire de se joindre à lui. Mais Cuire refusa cette "union". Il fit sécession ! Il prit même les devants, puisque dès le 1er février - soit 15 jours avant la Croix-Rousse - il élit son propre Conseil municipal qui désigna son premier maire, Louis Ruby. Cette municipalité soutenue par l'immense majorité des habitants de Cuire, non seulement ne voulut pas rejoindre la Croix-Rousse, mais demanda quelques mois plus tard son rattachement à Caluire.
Par ailleurs, à cette époque, régnait une très vive antipathie entre les Croix-Roussiens et les Cuirards ; tout les séparait. Leurs modes de vie étaient très différents : la Croix-Rousse - dont la population s'accroissait de jour en jour - était devenue un véritable faubourg de Lyon. La plupart de ses habitants y travaillaient et avaient adopté des moeurs citadines. Au contraire, Cuire était resté très rurale et sa population en majeure partie groupée autour de son ancienne église située près du château, ne voulait absolument pas être dans une municipalité dirigée par les Croix-Roussiens.
Aussi, le 14 novembre 1790, la nouvelle municipalité de Cuire demandait son rattachement à celle de Caluire, qui l'acceptait de grand coeur. Mais ce n'est qu'après de nombreuses péripéties dues aux changements de régime intervenus en France à cette époque, que cette union de fait ne fut définitivement rendue officielle que le 16 mai 1800.

Revenons en 1789, date à laquelle, la paroisse de St. Romain de Cuire était desservie par l'abbé Antoine Parichon, qui résidait dans le presbytère proche du château. Né en 1742, il exerçait son ministère depuis cinq ans, lorsqu'éclata la Révolution. Dès le début du différend qui opposa Cuire à la Croix-Rousse, ce prêtre prit fait et cause pour défendre ses ouailles. On peut penser qu'il fit partie des plus chauds partisans de la sécession de Cuire. Ainsi, lorsque la Constitution civile du Clergé obligea tous les prêtres desservant une paroisse de prêter serment devant le Conseil municipal de leur commune, l'abbé Parichon refusa de le faire devant celui de la Croix-Rousse. Il signifia son refus par écrit au Conseil général du département en lui précisant qu'il ne prêterait ce serment que devant le Conseil municipal de Caluire, lorsque sa paroisse serait réunie à cette commune, comme elle le demandait avec insistance. Mais malgré les pressions du Conseil général du département qui n'acceptait pas cette position, et celles des Croix-Roussiens - qui allèrent jusqu'à occuper l'église et le presbytère de Cuire - l'abbé Parichon ne cédait toujours pas. Soutenu fermement par ses paroissiens, il réussit sous différents prétextes à se soustraire à ce serment, pendant plusieurs semaines. Mais les esprits s'échauffaient de plus en plus de part et d'autre. L'on pouvait craindre à chaque instant, que les menaces proférées par les antagonistes ne se transforment en actes et dégénèrent en de violents incidents. Aussi, dans un souci d'apaisement, l'abbé mis une nouvelle fois en demeure de s'exécuter, prêta ce serment devant le maire et les autorités municipales de la Croix-Rousse le dimanche 13 février 1791, après la messe dominicale qu'il venait de célébrer en son église de St. Romain de Cuire. L'abbé Parichon fut alors confirmé dans son poste de curé desservant la paroisse de Cuire. Il n'y resta que jusqu'en mai 1791, car malgré plusieurs demandes impératives du pouvoir civil, il refusa obstinément de reconnaître l'autorité du nouvel évêque constitutionnel de Lyon, Mgr. Lamourette.
Ce dernier remplaçait Mgr. de Marbeuf, émigré car non jureur, à qui l'abbé Parichon voulait rester fidèle. Ce prêtre dut quitter son poste. Il se voua alors au culte clandestin qu'il exerça semble-t-il, essentiellement auprès des paroissiens de Cuire. Il fut remplacé par l'abbé Jean-François Nodet, prêtre assermenté, installé dans les circonstances suivantes : la loi du 19 juin 1791 qui déterminait la nouvelle circonscription des paroisses du département du Rhône-et-Loire, précisait dans son article II que "la Croix-Rousse sera desservie sous le nom de St. Augustin dans l'église du ci-devant monastère des Augustins réformés et aura pour succursale l'église de Cuire, sous le nom de St. Blaise, laquelle cessera de dépendre de la paroisse de Vaise pour faire partie de la Croix-Rousse, au moyen de quoi la paroisse de Cuire est et demeure supprimée".

Effectivement un procès verbal en date du 23 octobre 1791 relate l'installation du nouveau curé de la Croix-Rousse et de son vicaire pour Cuire :
"Nous officiers municipaux (...) nous sommes rendus en procession pour mettre le sieur Plagniard, curé de St. Augustin de la Croix-Rousse en possession de la paroisse de Cuire, dépendante de la dite paroisse.Étant arrivés dans l'église de la paroisse susdite, nous en avons mis en possession le dit sieur curé de la manière accoutumée en présence du sieur Nodet vicaire desservant icelle".

Mais la situation administrative de la paroisse de Cuire - devenue annexe de celle de la Croix-Rousse - n'avait pas été éclaircie pour autant semble-t-il, car l'abbé Nodet, nouveau desservant, a porté le 31 décembre 1791 sur le registre paroissial l'observation suivante :
"Dans l'incertitude de savoir de quel district cette commune était à cette époque, vu les difficultés avec la Croix-Rousse, j'ay été contraint à défaut de pouvoir obtenir de nouveaux registres de continuer les actes sur les anciens en foi de quoi j'ai signé avec les principaux habitants ce dernier décembre 1791".

A l'abbé Jean-François Nodet, succéda l'abbé Ambroise Mouret, du 18 mars au 16 octobre 1792. Lorsqu'il quitta son poste, cet abbé a clos les registres paroissiaux sur lesquels avaient été inscrits tous les actes de catholicité - baptêmes, mariages et sépultures - célébrés à St. Romain depuis leur création vers 1596. En effet, le décret de l'assemblée législative du 22 juin 1792 confiait aux municipalités le soin de tenir dorénavant les registres d'état civil et faisait obligation aux curés de remettre à ces municipalités les registres paroissiaux qu'ils avaient en leur possession.

A l'abbé Mouret, succéda l'abbé Jacques Griffon. Il resta curé de Cuire jusqu'au 28 novembre 1793. A cette date il envoya sa démission à la municipalité de "Caluire et Cuire réunis" par une lettre où il déclara "abdiquer et renoncer pour toujours à son état et fonction de prêtre, cesser dès ce jour ses fonctions de vicaire desservant à Cuire" .

Après la démission de l'abbé Griffon - le 28 novembre 1793 - on peut penser que notre paroisse, comme beaucoup d'autres à l'époque, resta sans prêtre desservant pendant près de dix ans. En effet, beaucoup de prêtres, non jureurs, ont dû entrer dans la clandestinité ; avec beaucoup de difficultés et courant de grands risques, ils administrèrent secrètement les sacrements : baptêmes et mariages.

Au cours de cette période, de 1793 à 1800, différents pouvoirs municipaux se succédèrent, tant à Cuire qu'à Caluire et à la Croix-Rousse, au gré des évènements souvent douloureux de cette époque ; ceci en particulier lors du siège de Lyon en 1793, au cours duquel Cuire fut en grande partie dévasté .

Après la tourmente révolutionnaire, l'exercice du culte catholique fut rétabli et le Concordat de 1801 organisa l'Église de France sur de nouvelles bases.

C'est dans ce cadre que le nouvel archevêque de Lyon, le cardinal Fesch, nomma l'abbé Henri Bayle, curé de Cuire, le 3 janvier 1803. Il y resta jusqu'au 2 juillet 1812. Lui succédèrent les abbés Charles Franchi du 16 juillet 1812 au 12 octobre 1814, Joseph Moreau du 5 novembre 1814 au 26 avril 1817, et Marc Dunand, qui installé en 1817, y resta jusqu'à son décès à Cuire le 30 décembre 1826. C'est au cours de son ministère, que fut construite l'église actuelle.

La paroisse pendant la Révolution

Revenons en 1789, date à laquelle, la paroisse de St. Romain de Cuire était desservie par l'abbé Antoine Parichon, qui résidait dans le presbytère proche du château. Né en 1742, il exerçait son ministère depuis cinq ans, lorsqu'éclata la Révolution. Dès le début du différend qui opposa Cuire à la Croix-Rousse, ce prêtre prit fait et cause pour défendre ses ouailles. On peut penser qu'il fit partie des plus chauds partisans de la sécession de Cuire. Ainsi, lorsque la Constitution civile du Clergé obligea tous les prêtres desservant une paroisse de prêter serment devant le Conseil municipal de leur commune, l'abbé Parichon refusa de le faire devant celui de la Croix-Rousse. Il signifia son refus par écrit au Conseil général du département en lui précisant qu'il ne prêterait ce serment que devant le Conseil municipal de Caluire, lorsque sa paroisse serait réunie à cette commune, comme elle le demandait avec insistance. Mais malgré les pressions du Conseil général du département qui n'acceptait pas cette position, et celles des Croix-Roussiens - qui allèrent jusqu'à occuper l'église et le presbytère de Cuire - l'abbé Parichon ne cédait toujours pas. Soutenu fermement par ses paroissiens, il réussit sous différents prétextes à se soustraire à ce serment, pendant plusieurs semaines. Mais les esprits s'échauffaient de plus en plus de part et d'autre. L'on pouvait craindre à chaque instant, que les menaces proférées par les antagonistes ne se transforment en actes et dégénèrent en de violents incidents. Aussi, dans un souci d'apaisement, l'abbé mis une nouvelle fois en demeure de s'exécuter, prêta ce serment devant le maire et les autorités municipales de la Croix-Rousse le dimanche 13 février 1791, après la messe dominicale qu'il venait de célébrer en son église de St. Romain de Cuire. L'abbé Parichon fut alors confirmé dans son poste de curé desservant la paroisse de Cuire. Il n'y resta que jusqu'en mai 1791, car malgré plusieurs demandes impératives du pouvoir civil, il refusa obstinément de reconnaitre l'autorité du nouvel évêque constitutionnel de Lyon, Mgr. Lamourette.

Ce dernier remplaçait Mgr. de Marbeuf, émigré car non jureur, à qui l'abbé Parichon voulait rester fidèle. Ce prêtre dut quitter son poste. Il se voua alors au culte clandestin qu'il exerça semble-t-il, essentiellement auprès des paroissiens de Cuire.

Il fut remplacé par l'abbé Jean-François Nodet, prêtre assermenté, installé dans les circonstances suivantes : la loi du 19 juin 1791 qui déterminait la nouvelle circonscription des paroisses du département du Rhône-et-Loire, précisait dans son article II que "la Croix-Rousse sera desservie sous le nom de St. Augustin dans l'église du ci-devant monastère des Augustins réformés et aura pour succursale l'église de Cuire, sous le nom de St. Blaise, laquelle cessera de dépendre de la paroisse de Vaise pour faire partie de la Croix-Rousse, au moyen de quoi la paroisse de Cuire est et demeure supprimée".

Effectivement un procès verbal en date du 23 octobre 1791 relate l'installation du nouveau curé de la Croix-Rousse et de son vicaire pour Cuire.

"Nous officiers municipaux (...) nous sommes rendus en procession pour mettre le sieur Plagniard, curé de St. Augustin de la Croix-Rousse en possession de la paroisse de Cuire, dépendante de la dite paroisse. Étant arrivés dans l'église de la paroisse susdite, nous en avons mis en possession le dit sieur curé de la manière accoutumée en présence du sieur Nodet vicaire desservant icelle".

Mais la situation administrative de la paroisse de Cuire - devenue annexe de celle de la Croix-Rousse - n'avait pas été éclaircie pour autant semble-t-il, car l'abbé Nodet, nouveau desservant, a porté le 31 décembre 1791 sur le registre paroissial l'observation suivante :

"Dans l'incertitude de savoir de quel district cette commune était à cette époque, vu les difficultés avec la Croix-Rousse, j'ay été contraint à défaut de pouvoir obtenir de nouveaux registres de continuer les actes sur les anciens en foi de quoi j'ai signé avec les principaux habitants ce dernier décembre 1791".

A l'abbé Jean-François Nodet, succéda l'abbé Ambroise Mouret, du 18 mars au 16 octobre 1792. Lorsqu'il quitta son poste, cet abbé a clos les registres paroissiaux sur lesquels avaient été inscrits tous les actes de catholicité - baptêmes, mariages et sépultures - célébrés à St. Romain depuis leur création vers 1596. En effet, le décret de l'assemblée législative du 22 juin 1792 confiait aux municipalités le soin de tenir dorénavant les registres d'état civil et faisait obligation aux curés de remettre à ces municipalités les registres paroissiaux qu'ils avaient en leur possession.
A l'abbé Mouret, succéda l'abbé Jacques Griffon. Il resta curé de Cuire jusqu'au 28 novembre 1793. A cette date il envoya sa démission à la municipalité de "Caluire et Cuire réunis" par une lettre où il déclara "abdiquer et renoncer pour toujours à son état et fonction de prêtre, cesser dès ce jour ses fonctions de vicaire desservant à Cuire" .
Après la démission de l'abbé Griffon - le 28 novembre 1793 - on peut penser que notre paroisse, comme beaucoup d'autres à l'époque, resta sans prêtre desservant pendant près de dix ans. En effet, beaucoup de prêtres, non jureurs, ont dû entrer dans la clandestinité ; avec beaucoup de difficultés et courant de grands risques, ils administrèrent secrètement les sacrements : baptêmes et mariages.

Au cours de cette période, de 1793 à 1800, différents pouvoirs municipaux se succédèrent, tant à Cuire qu'à Caluire et à la Croix-Rousse, au gré des évènements souvent douloureux de cette époque ; ceci en particulier lors du siège de Lyon en 1793, au cours duquel Cuire fut en grande partie dévasté .
Après la tourmente révolutionnaire, l'exercice du culte catholique fut rétabli et le Concordat de 1801 organisa l'Église de France sur de nouvelles bases.
C'est dans ce cadre que le nouvel archevêque de Lyon, le cardinal Fesch, nomma l'abbé Henri Bayle, curé de Cuire, le 3 janvier 1803. Il y resta jusqu'au 2 juillet 1812. Lui succédèrent les abbés Charles Franchi du 16 juillet 1812 au 12 octobre 1814, Joseph Moreau du 5 novembre 1814 au 26 avril 1817, et Marc Dunand, qui installé en 1817, y resta jusqu'à son décès à Cuire le 30 décembre 1826. C'est au cours de son ministère, que fut construite l'église actuelle.

III. Édification de l'église actuelle au XIX° siècle (1820)

Plusieurs raisons ont contribué à l'édification d'un nouveau lieu de culte. En effet, la vieille église sise près du château s'avérait être trop petite : elle pouvait contenir à peine 150 personnes, alors que d'après un recensement de l'abbé Dunand en 1818, la paroisse comptait "981 individus dont 252 enfants".

De plus, laissée à l'abandon pendant plusieurs années - de 1793 à 1803 - cet édifice menaçait ruine. Mais comme le plateau était devenu plus peuplé que les bords de Saône, il fut décidé que cette nouvelle église serait édifiée au sommet du coteau. Elle fut construite en haut de la Montée de Cuire , sur un terrain donné par un habitant de Cuire, Pierre Feraud, à l'emplacement d'une petite chapelle dédiée à St. Roch, qui était abandonnée et qui fut démolie. Mais ce terrain jouxtait un cimetière, ce qui allait poser de gros problèmes dont nous parlerons plus loin.
église saint romain de Cuire (intérieur)
Le coût total de la construction de l'église s'éleva à 25 000 francs environ, en très grande partie couvert par les souscriptions des paroissiens. Elle fut bénie le 28 juillet 1820 par Mgr. Martin Morel de Mons, évêque de Mende, "au milieu d'un concours considérable de fidèles" comme on peut le lire sur l'acte de bénédiction . Sur ce document, il est précisé qu'elle était dédiée au "Sacré Cœur de Jésus comme patron titulaire et à St. Romain et St. Roch anciens et primitifs patrons de la paroisse de Cuire". A noter que cette dédicace resta celle de notre paroisse, jusqu'en 1967, où, à l'instigation du curé de l'époque, l'abbé Gigand, on réutilisa la primitive appellation "Saint Romain de Cuire".
Les limites des trois paroisses - Caluire, Cuire et St. Clair - ont été fixées par le maire de la commune, dans son arrêté municipal du 2 avril 1820

Quant au presbytère, sa construction ne fut entreprise qu'après celle de l'église et coûta 5 000 francs environ. Cette somme venant s'ajouter à celle restant due pour l'édification de l'église, formait une dette assez élevée pour l'époque . Et plusieurs membres du Conseil de Fabrique durent payer de leurs deniers, certaines factures d'entrepreneurs-batisseurs.
Avant que le presbytère ne soit terminé, on ne pouvait demander à l'abbé Dunand - alors âgé de plus de 70 ans - de desservir cette nouvelle église tout en demeurant dans l'ancien presbytère, près du château. Ainsi, pendant l'hiver 1820-1821, il fut logé gratuitement chez un paroissien, M. Deschelette, à proximité de l'église.

Ce sont sans doute ces contrariétés ajoutées à d'autres, qui incitèrent ce prêtre à inscrire sur le registre paroissial la note suivante :
"Note pour mes successeurs : l'église a été bâtie sans permission du conseil épiscopal, sans autorisation du préfet, sans architecte. Je n'ai été consulté sur aucun point, contrarié en tout. Je demandais que l'église fut éloignée de huit pieds du chemin, que les murs fussent plus épais, que la porte majeure fusse plus large, l'oeil de boeuf de la tribune plus élevé, la chaire à prêcher placée à quatre pieds plus bas, le choeur circulaire, la sacristie et l'escalier du clocher hors de l'enceinte, une porte collatérale qui remplaçait celle derrière l'autel ; tout a été inutile ; le choeur est de huit pieds trop court. Sur le placement du presbytère je n'ai pas eu plus de succès en l'approchant de l'église on ménagera des fenêtres au vent du midi ; je demandais la façade au soir en maçonnerie, les planchers plus élevés. Il y a eu un devis : on ne l'a consulté que pour retrancher. dans sept ans, j'ai annoncé que le presbytère serait soumis à de très grosses réparations.
Cuire quinze mars dix huit cent vingt et un. Signé Dunand Curé".


Fort heureusement ses craintes se révélèrent injustifiées ! Mais dès l'ouverture de notre église, une autre affaire accapara toute l'attention des autorités municipales et religieuses : l'existence à proximité de cette église, d'un cimetière exigu et surexploité qui empoisonnait l'atmosphère du quartier. Pour bien saisir toute la question, il faut rappeler la genèse de cette histoire et pour cela revenir 30 ans auparavant.

Avant la Révolution, il existait depuis fort longtemps, en haut de la Montée de Cuire et à son intersection avec la Rue de Cuire , une place sur laquelle avait été élevée une croix en pierre entourée de marronniers. Chaque année, le dimanche des Rameaux, la paroisse de Cuire y venait en procession solennelle. Ainsi, cette place prit le nom de "Place des Rameaux".

En 1791, la commune de Cuire/La Croix-Rousse - dirigée par des Croix-Roussiens - était à la recherche d'un cimetière dont elle était démunie. Sans aucune concertation avec Cuire, elle décida d'en créer un près de cette place des Rameaux. Pour cela, elle acheta un terrain de 5377 pieds , situé à l'emplacement de l'église actuelle et du square adjacent. Quelques semaines après, dès que la Croix-Rousse obtint l'autorisation du Directoire du District de Lyon le 27 décembre 1791, elle fit effectuer des travaux d'aménagement nécessaires : abattage des marronniers - au grand dam des Cuirards - clôtures, allées intérieures, etc.

Ce cimetière béni le 10 décembre 1792 par l'abbé Plagniard, curé de la Croix-Rousse, entra en service aussitôt. Mais la Croix-Rousse continua à y enterrer ses morts les années suivantes, bien que Cuire se soit séparée d'elle, pour rejoindre Caluire avec laquelle elle ne formait plus qu'une seule et même commune de Caluire-et-Cuire réunis.

A partir de 1793, le cimetière de la Croix-Rousse était situé dans une sorte d'enclave, sur la commune de Caluire-et-Cuire. Par ailleurs, dès le 24 octobre 1791, les limites de Cuire et de la Croix-Rousse étaient très nettement déterminées, comme en fait foi le document établi par les autorités du District de l'époque.

Mais nonobstant cette délimitation et arguant que ce cimetière avait été, d'une part établi en respectant tous les critères en usage à cette époque , d'autre part autorisé par décret du District de Lyon du 27 décembre 1791, la Croix-Rousse en maintenait l'usage envers et contre tous. Elle avait même obtenu en 1805 un décret du Préfet du Rhône, confirmant pleinement ses droits sur ce cimetière.

La municipalité de Caluire-et-Cuire ne se décourageait pas et multipliait ses réclamations auprès du Préfet, en vue d'obtenir satisfaction : c'est à dire récupérer ce cimetière qui formait une enclave sur sa commune et le fermer. Mais en vain.

En 1806, la paroisse de Cuire n'avait plus de cimetière, car celui situé près de l'église était désaffecté. Les inhumations devaient se faire dans celui de Caluire, très éloigné de l'église. Aussi, par décision du Préfet, les maires de la Croix-Rousse et de Caluire-et-Cuire furent mis dans l'obligation de partager ce cimetière : deux tiers à la Croix-Rousse, un tiers à Caluire-et-Cuire. Cette solution ne réglait pas le problème, car la Croix-Rousse continua à se dire propriétaire de la totalité du cimetière, tandis que Caluire-et-Cuire voulait plus que jamais récupérer cette enclave située sur le territoire communal.

Chacun restait sur ses positions, lorsqu'en 1820 fut ouverte la nouvelle église construite au voisinage immédiat de ce cimetière. Or celui-ci, par suite de l'exiguïté des lieux et le nombre toujours croissant des inhumations pratiquées, se trouvait dans un état lamentable. Les paroissiens qui fréquentaient l'église ainsi que les habitants du quartier, étaient fortement incommodés par les odeurs pestilentielles qui s'en dégageaient. De plus,ils étaient souvent scandalisés à la vue des cadavres gisant épars et non enterrés, faute de place.

Ainsi le Conseil municipal de Caluire-et-Cuire, sous l'impulsion de son maire, Victor COSTE, s'empara une nouvelle fois de cette affaire, bien décidé à obtenir enfin satisfaction. Le 6 mai 1821, il entendit un long rapport d'un de ses conseillers, M. Hodieu, chargé d'étudier cette question . Dans ce document, il rappelle que de tout temps ce lieu faisait partie de Cuire. Lorsque la Croix-Rousse s'en était emparé en 1792 par un véritable "coup de force", Cuire ne l'avait jamais accepté. Puis, il décrit l'aspect lamentable actuel des lieux et les nombreux dangers que la putréfaction des cadavres non enterrés faisait courir aux habitants du voisinage et aux paroissiens se rendant à l'église, située à proximité. Il conclut en demandant la fermeture immédiate de ce cimetière, devenu un véritable charnier à ciel ouvert.

Ce rapport entendu, le Conseil municipal prit alors délibération demandant "que cette commune soit remise en possession de la Place de la Croix des Rameaux et que défense soit faite à la Croix-Rousse de continuer des inhumations dans le cimetière dont elle s'était approprié l'emplacement".

Cette délibération provoqua une ordonnance du Préfet du Rhône, en date du 8 août 1821, décidant la fermeture de ce cimetière à partir du 1er septembre prochain ; les morts de Cuire devant être enterrés, jusqu'à nouvel ordre, dans le cimetière de Caluire. Mais rien ne changea ! Ainsi en Juin 1822, le cimetière n'étant toujours pas fermé, les autorités diocésaines menacèrent d'interdire la nouvelle église, dont "la fréquentation était rendue malsaine par les émanations".

C'est alors que sur la proposition du Préfet du Rhône - la Croix-Rousse prétendant ne pas avoir de terrain pour y établir un cimetière - il fut décidé que Caluire-et-Cuire lui céderait celui situé au Nord de la Belle Allemande, pour lui permettre d'en créer un. C'est l'actuel ancien cimetière de la Croix-Rousse. Ceci nécessita une modification de la limite entre les deux communes, qui fut reportée "du chemin de la Belle Allemande au chemin partant de la Rue St. Pothin pour arriver à un chemin pratiqué le long de la Saône faisant suite au Quai de SERIN". Il s'agit de l'actuelle rue du Bois de la Caille, qui d'ailleurs, sert toujours de limite entre Caluire-et-Cuire et Lyon.

En échange de cette cession, Caluire-et-Cuire obtenait la fermeture définitive du cimetière des Rameaux et le retour de son emplacement à la commune. Mais il fallut attendre un arrêt du Conseil d'État du 26 avril 1823 pour que cet accord soit entériné, la fermeture définitive de ce cimetière devenant effective le 30 juin 1823.