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Histoire de la paroisse St Romain de Cuire

II. La première église paroissiale au XV° siècle

L'ancien prieuré et son oratoire disparaissent ; la chapelle du château tient lieu d'église paroissiale. Ce domaine constitué du château-fort, de sa chapelle et des ses terres alentours, resta la propriété de l'abbaye d'Ainay jusqu'en 1571. Cette même année, pour payer une importante contribution sur les biens de l'Église - levée par le roi de France Charles IX - cette abbaye dut se résoudre à le vendre. C'est un nommé Pierre FAURE, sieur du Chaffaud, qui s'en rendit acquéreur. Dans l'acte de vente, il est précisé que : "l'église paroissiale Saint Rouman du dit Cuyres avec son cimetière à côté" est située dans l'enceinte du château.

Ainsi, par cette vente, ce bien qui appartenait à l'Église depuis plusieurs siècles, devint propriété d'un seigneur laïque. Cependant, tout lien ne sera pas rompu avec Ainay. En effet, enclose dans l'enceinte du château, l'église paroissiale dédiée donc à St. Romain, resta attachée comme annexe de l'église Saint Pierre aux Liens de Vaise, elle-même propriété de l'abbaye d'Ainay. De plus, cette dernière continua à percevoir les dîmes sur les terres de Cuire.

A cette époque, la localité est ainsi décrite par un contemporain : "Cuyres, petit village contenant environ six maisons, joignant la Saône à un quart de lieue de Lyon, pays maigre". Par ailleurs, la seigneurie de Cuire qui s'étendait aussi sur tout le plateau - Croix-Rousse comprise - n'était guère peuplée. Le grand plan de Lyon de 1550 n'indique que quelques maisons disséminées sur ce vaste plateau, entièrement couvert de cultures. Ceci est d'ailleurs pleinement confirmé dans les registres paroissiaux contemporains de Cuire, où les métiers de jardiniers, maraichers et vignerons sont très souvent mentionnés dans les actes de baptêmes, de mariages ou de sépultures. Quant à l'église paroissiale, deux documents en décrivent l'intérieur :

- En premier lieu, une note écrite en première page d'un registre de baptêmes en 1606, par le curé de Vaise et de l'annexe de Cuire, à l'occasion de sa prise de possession de la cure. C'est la plus ancienne citation nominative, relative aux curés de Cuire connue à ce jour :

"Je (Louys Laurens, curé de Vaise et Cuire) ayant été mis en possession, à la plus grand gloire de Dieu et honneur de sa vierge mère et de monsieur saint Pierre et saint Romain, ses saints et fidèles apôtres et serviteurs, à Vaise le 12 février à Cuire consécutivement, le 14 février 1605, après la résignation de feu monsieur Pierre Fore précédent curé, lui encore vivant, je n'ai trouvé ayant fait la visite et recherche de ce qui appartient au bon état et décore de mes deux églises, selon, le devoir de ma charge et pour n'en être repris devant Dieu et devant monseigneur le révérendissime archevêque de Lyon en ses visites, que deux méchants livres de registres des baptêmes, in -4°, le plus vieux commençant à tenir compte du 10 novembre 1596 (...) contient 22 baptisés seulement, l'autre livre commence le 27 janvier 1598 (...) contient 97 baptisés". Ce même curé précise aussi : "J'ai deux paires de sonnette, une de cuivre et l'autre en fer blanc et une boite de fer blanc pour tenir l'hostie ; item deux vases avec leur panache et deux croix".
Selon toute vraisemblance, il s'agit là d'objets appartenant à l'église de Cuire et déclarés par le curé du lieu. Sur ce même registre de baptêmes , on peut lire à la suite de cette note précitée :
"En l'an de grâce 1606(...) Henrico 4° Régnante Registre ou mémorial des (nouveau nés) ou catéchumènes qui ont reçu le sacrement de baptême sur les s.s. fons (de l')Église St. Romain de Cuire, filleule annexée de St. Pierre aux Liens de Vaise. fait et dressé par moi Louys Laurens curé des dits Vaise et Cuire". Suit la relation du premier baptême de l'année 1606 :
"Marguerite, fille légitime de Jean Plaignard et J. Gouchon, ses père et mère, a été baptisée le premier jour du mois de janvier de l'an mille six cent et six depuis l'incarnation de notre sauveur et rédempteur Jésus-Christ. Le parrain était monsieur Louis Busset bourgeois de la Cité de Lyon et la marraine honnête fille Marguerite Busset fille du parrain. Par moi curé de St. Pierre aux Liens de Vaise et de St. Romain de Cuire. Je, Louis Laurens, de ma main propre". Suivent les baptêmes qui se sont succédés dans la paroisse.
- Le deuxième document est un procès verbal daté de 1694 :
"Nous sommes entrés dans l'église et avons reconnu que le coeur (sic) est séparé de la nef par une balustre en bois de noyer à barreaux tournoyés, qu'il est élevé de ladite nef de huit marches, celles d'icelles pierre de taille et une de bois. Le dit choeur prend ses jours par un vitaux (sic) du coté du matin lequel est garni de son panneau de verre dans lequel est peint Saint Romain sous le vocable duquel est la dite église. Au-dessous dudit vitraux est un autel de bois. Le dit choeur est carrelé, et au dit carrelage il y manque quelques carreaux, et au-dessus est un lambris bois sapin à tiers point vieux et antique, auquel il y a plusieurs ais de pourris.
Dans la dite église il n'y a point de clocher, mais seulement une ouverture dans la muraille d'icelle du côté de matin, où il y a une petite cloche suspendue, et de sacristie il n'y en a aucune. L'autel de la dite église est clos par une autre balustrade de bois noyer à hauteur d'appui, au devant duquel est un petit gradin servant de marchepied, et aux deux côtés sont deux bancs bois noyer de menuiserie, avec leurs dossiers servant de formes".

C'est le plus ancien registre paroissial de St. Romain de Cuire ! ( Voir document n°1, p. 6)

La même année , une autre déclaration confirme l'état de la paroisse :
"Cuire est une annexe de la dite cure de Vaise. Il y a à Cuire une petite église qui paraît en assez bon état et il y a une fenêtre au dessus du choeur, seulement une petite cloche".

Trois ans plus tard, en 1697, une enquête faite par les Consuls de Cuire précise, que les habitants de la seigneurie de Cuire et de la Croix-Rousse sont "au nombre de 60 chefs de familles, autant de femmes et 150 filles et garçons de moins de 25 ans".
De son côté, Monsieur Veyssire, curé de Vaise dont dépendait Cuire au spirituel joint à l'enquête précitée, la note suivante :
"Le hameau de Cuire est composé de 27 ou 28 familles toutes riches. Monsieur l'abbé d'AINAY y prend les dîmes et il y a à peine cent livres pour la portion vicaire parce que ledit Abbé ne veut rien donner, non plus que pour l'église dudit Cuire qui est tout délabrée".

Cinq ans après cette enquête, le 13 mars 1702, Pierre de Sève - nouveau seigneur des lieux - les décrit ainsi :
" La maison et château de Cuire : tours, cour, chambres, sales, cabinets et galerie, l'Église paroissiale enclose dans ledit château enclos de murailles où il y a trois tours dans l'une desquelles sont les prisons".