Cette sortie amicale en car, bénévolement et efficacement organisée et préparée par Colette TERRENOIRE, Danièle TONUCCI, démarrée de bon matin en un lundi de Pentecôte bien ensoleillé nous a réunis quarante cinq autour de notre père curé Pierre Vuillermoz. Elle nous a entraînés en Bourgogne Sud entre Chalonnais et Maconnais, Saône et vignobles, pour un parcours plutôt religieux ponctué d’une eucharistie en matinée et tout à fait profane en l’après-midi.
C’est le site de l’abbaye de St Philibert à Tournus que nous avons ainsi d’abord découvert. Une abbaye que cet ermite fonda au XI° S, venant de Bretagne puis Normandie , en voisine de celle proche de Cluny et celle plus distante d’Ainay, toutes deux alors très puissantes.
Un guide des Monuments Historiques pour la ville, au débit enjoué, lent, sonore et très articulé nous a agréablement présenté d’abord l’extérieur de la monumentale église : son aile nord gothique, son chevet et ses chapelles est romans, puis l’intérieur : 10 énormes colonnes en pierre sèche agglomérée au diamètre de 80 cm pour la grand nef, un chœur et transept sous coupole à 20 m d’altitude, une chapelle haute aménagée à 20 m sous combles et charpente boisée massive en fond arrière de nef. L’ensemble imposant, tout en pierre, principalement en ce calcaire dont la Bourgogne est si riche : teinte légèrement dorée avec veinures rougeâtres et sillons bruns et à l’immense toiture d’ardoises fort pentue. La silhouette si caractéristique de l’église se remarque des grandes routes nationales voisines : ses deux clochers alignés longitudinalement , distants de 50 m , à flèche en pointe de diamant L’architecture se décline en colonnades, arcs de décharge, linteaux, … au dessus des embrasures et accolades. La haute façade sans ouverture en bas de nef,mais à niches cubiques, traces des anciens ancrages d’échafaudage de fondation, curieusement ne surplombe qu’un relativement modeste porche, dans une simplicité très monastique ; elle rappelle le grand fronton de la primatiale St Jean l’Evangéliste de Lyon. Les 2 belles statues d’archange tout en haut de ses arêtes latérales, à 30 m de haut, ont été sauvegardées et mises à l’abri à l’intérieur, doublées maintenant de copies extérieures à la placed’origine . Les vitraux renouvelés dans le dernier demi-siècle émettent la douce lumière des bâtiments monastiques, dans la facture de Soulages, d’un gris très pâle, que l’on connaît à Ste Foy-la Grande à Conques (Aveyron). Nous avons été frappés par 2 reconstitutions très stylisées sur ce fond neutre : au moyen de quelques « coups » de crayon rouge ou vert, une Nativité et une Crucifixion très dépouillées mais si expressives.
Le cloître latéral, bien arboré, aux modestes massifs de buis a été le lieu de notre pique-nique. Nous avons clos par le passage en la crypte voûtée et capitulaire , à la fonction première de reliquaire pour susciter des pélerinages et héberger occasionellement des sépultures.
Une flânerie dans le quartier ancien ceinturant l’église, territoire de l’ancienne abbaye, nous a occasionné une promenade hors du temps, contre la Sâone au cours tranquille, sa large avenue de halage de rive droite, sa halte fluviale et ses pêcheurs. Le grognard Putigny vint se retirer ici de ses 20 ans de campagnes violentes napoléoniennes dans le joli manoir de « sa douce » sur ce quai, que nous pouvions entr’apercevoir.
La journée s’est prolongée en la visite passionnante de l’ensemble de Cormarin du XVII°s, son château et son parc, à quelques encâblures au nord- est de Taizé. Un ensemble relevé de ses ruines presque totales par le courage de 2 jeunes architectes et antiquaires en ayant acquis la propriété, qui ont remonté à partir de 1981 presque complètement les 3 ailes de cette construction en U (cf photo) , sans faire appel aux fonds d’Etat, le site étant bien sûr devenu classé Monument Historique national. Une SCI gère maintenant ce site touristique.
Le château avait été construit et achevé en 1624, sous Louis XIII et Marie de Médicis, grâce à la grande fortune de la famille marquise Du Blé. Cette simili cour intérieure s’ouvre sur un parc immense et plat d’une dizaine d’hectares, commençant dès passées les douves complètes larges de 10 m.
La restauration a été menée en 4 ans de 1981 à1985, « au pas de charge », en un chantier gigantesque , la renommée locale puis nationale draînant vite des milliers de visiteurs ( 20000 en 1982, 50000 en 1983, 70000 en 1985) dont le nombre s’est depuis assagi mais maintenu à 30000 en moyenne annuelle. L’ensemble a été durant les septennats du président F Mitterand régulièrement visité par lui et son épouse, en sa route vers Solutré ou vers la résidence familiale de son épouse. Il y a même organisé une réception officielle du premier secrétaire Gorbatchev.
Une des attractions du parc est bien sûr un labyrinthe d’un hectare, à belvédère central , qui n’a plus rien à envier à celui de villa padovanienne et un magnifique jardin à la française, au très amusant bestiaire découpé dans les massifs de buis (tortue, lapin et autres hérissons), massifs eux-mêmes géométriquement disposés au milieu de touffes d’une belle lavande.
Les ailes nord et ouest du château étaient d’origine réservés respectivement à l’habitation de Madame et Monsieur le Marquis Du Blé. Un couple vivait séparé à cette époque, formé selon la culture d’alors sans projet passionnel mais pour la seule procréation devant assurer une survivance de la « lignée ». Avec 6 enfants accouchés entre 14 et 22 ans, la marquise pêchée au couvent puis rendue à la tâche « d’éleveuse » vécut en sainte, puis en bonniche selon les usages d’alors … Les repas et la chambre , pourtant instants devenus communs pour nous, n’étaient pas partagés. Chacun du ménage recevait et avait la vie qu’il entendait. C’était au rez de jardin, 2 appartements séparés de 4 pièces spatieuses, ~200 m², constitués centralement de la Chambre, faisant lieu simultané de coucher, bureau, salle à manger, lieu de réception , accolée d’une antichambre d’entrée, d’une grande cuisine et d’une bibliothèque . Les trophées cynégétiques abondent aux murs , la région ayant été longtemps très giboyeuse ; les tableaux à la gloire de Diane le rappellent . Le guide nous a dit que les loups rôdaient encore fin XIX° dans la région, avec bien d’autres espèces.

Corps architectural remarquable, l’escalier monumental intérieur, en pierre ocre, déroulé suspendu sur les 4 côtés de la cage sur 3 étages avec galeries de desserte vers chaque niveau est splendide (photo ci-jointe). Chaque volée est large de 8 m ! Pour reprendre les efforts que représente ce poids, les murs périphériques doivent être contrefortés par une épaisseur pierrée de 2 mètres.
Le château en première moitié du XX° S était devenu propriété et résidence très fréquente du Directeur de l’Opéra de Paris, très généreux dans son hospitalité pour ses artistes . Les traces de cette vie professionnelle y abondent, dont, en bout de l’aile centrale , un appartement particulier séparé de près de 150 m² pour les séjours de sa chanteuse Cécile Sorel.
Heureux présage de longévité touristique : sur une haute cheminée centrale d’aile nord, un couple cigogne en 2010 a élu domicile par un nid en équilibre . On dit que les couples font pratique d’y revenir fidèlement ensuite.
Dans le jardin botanique, une pierre dressée rappelle un conseil gravé de Nietszche à notre intention: « En nos jardins, travailler et la terre et la plante, pour que nous puissions nous promener en nous-mêmes. »
Pour conclure cette journée bourguignonne a été une belle détente, autour de notre père curé , qui nous a soudain dans le trajet du retour régalé d’une pièce de son répertoire vocal savoyard : l’ancienne mélodie « Grands dieux ! Que je suis à mon aise quand j’ai ma mie auprès de moi … « chanté avec grande conviction.
Merci donc aux organisateurs pour cette « cuvée » 2011.
Jacques Garcin, paroissien de St Romain
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